Les fantômes de Manhattan R.J. Ellory

Note : 3 sur 5.

Mots clés

roman   roman psychologique   thriller   roman noir   suspense   romans policiers et polars   dépression   douceur   solitude   nostalgie   trahison   manuscrit   vengeance   librairie   new york   secrets de famille   états-unis   amérique   littérature américaine   littérature anglaise  

Le pitch

Annie O’Neill, 31 ans, est une jeune fille discrète. Elle tient une petite librairie en plein cœur de Manhattan, fréquentée par quelques clients aussi solitaires et marginaux qu’elle. Son existence est bouleversée par la visite d’un nommé Forrester, qui se présente comme un très bon ami de ses parents, qu’elle n’a pratiquement pas connus.L’homme est venu lui remettre un manuscrit. Celui-ci raconte l’histoire d’un certain Haim Kruszwica, adopté par un soldat américain lors de la libération de Dachau, devenu ensuite une des grandes figures du banditisme new-yorkais. Quel rapport avec l’histoire intime d’Annie ? Et pourquoi le dénommé Forrester est-il si réticent à lui avouer la vérité ? Lorsqu’elle lui sera enfin dévoilée, celle-ci sera plus inattendue et incroyable que tout ce qu’elle a pu imaginer.

Conteur hors pair, R. J. Ellory retrace ici le récit d’un demi-siècle plein de bruit et de fureur. Cette nouvelle variation sur son thème favori, la répercussion de l’Histoire sur les trajectoires personnelles, est cette fois bien différente de ses ouvrages précédents, ne serait-ce que grâce à son héroïne, qui donne au récit une nostalgie et une douceur inaccoutumées. Des événements passés qui viennent à la rencontre du présent, une vie volée, une vengeance, Les Fantômes de Manhattan n’est pas sans rappeler par ses thèmes et son ampleur Il était une fois en Amérique de Sergio Leone.

Mon avis

Hello la compagnie !! Bon, je m’attaque avec un retard phénoménal à cet opus de R.J. ELLORY pour des raisons indépendantes de ma volonté… Quoi qu’il en soit j’étais bien décidée à découvrir enfin cet auteur de thriller tant encensé par toutes les critiques et j’ai enfin pu entamer ma lecture.

Un grand merci aux Éditions Sonatine et la plateforme NetGalley pour cette découverte. En ce qui me concerne, ça n’a pas été très convaincant, mais… essayons de comprendre un peu avant de porter un jugement expéditif…

Il faut absolument tenir compte de la chronologie des publications originales pour saisir ce qu’il en est à mon sens. En effet, il s’agit du second roman de l’auteur (écrit en 2004), une oeuvre de jeunesse en quelque sorte, pourrait-on dire. Il n’a été traduit et publié en Français qu’en 2018 et la faute de communication qui lui a sans doute été fatale pour certains, c’est de l’avoir « estampillé » comme un thriller alors qu’il ne l’est pas vraiment, créant une confusion dans l’esprit des lecteurs. Il s’agit en fait d’un faux « feel good book », une fausse romance (mais il fait lire 55% du récit pour arriver à cette conclusion) et un roman noir aussi.

Des impressions en demi-teintes donc. Si j’en crois les autre critiques, ce livre est différent de ses autres écrits. Je ne peux encore pas faire de comparaisons et d’après ce que je comprends, il ne faut pas en faire justement!

Ce roman-ci fait la part belle à l’introspection et à la sensibilité (certains y verront de la « sensiblerie »). Je pense qu’il s’agit peut-être d’un écrit très « personnel » ? Plus dans la ligne de sa philosophie de vie sans doute (ne pas « subir » sa vie mais la prendre en main).

J’ai un moment soupçonné la traduction d’être « médiocre » ou approximative mais je ne me sens pas le courage d’aller vérifier en version originale ! Cela serait peut-être cependant utile et nécessaire…
Pour l’histoire on trouve Annie en personnage phare, belle trentenaire esseulée qui va tomber directement amoureuse sans se poser beaucoup de questions, du premier venu à égailler sa vie, morne et casanière, le beau et mystérieux David Quinn. Elle lui vouera immédiatement une confiance aveugle malgré quelques atermoiements quand même. Un vrai « coeur d’artichaut » cette Annie !

Le seul point noir dans son histoire, car il y en a un évidemment (sinon pas de roman…) se situe dans son passé : pas de souvenirs de son père, ou peu, pas d’indications sur ce qu’il était (ingénieur ?), sa vie etc… Il ne lui reste qu’une montre et un livre intitulé : « un moment de répit » avec la note suivante, écrite de la main de son père : « pour quand le temps sera venu… Papa ».

Elle va alors se lancer dans une tentative de réminiscence et se mettre en tête de découvrir qui était son père au-delà de l’image « idéale » qu’elle s’en est forgée. C’est aussi un apprentissage de la vie un peu tardif, mais nécessaire pour Annie.

En parallèle, le déclencheur de cette quête, sera un autre personnage, nommé Forrester, ami de son père qui lui amène quelques lettres de lui, adressées à sa mère (qu’elle n’a donc pas lue) ainsi qu’un manuscrit, qu’il transforme en « feuilleton » puisqu’il lui amène un chapitre par semaine, tous les lundis.

Dans ce manuscrit on découvre l’histoire d’Haïm (un rescapé du camp de concentration de Dachau) qui deviendra Harry Rose et de Johnnie Redbird. Une histoire d’amitié trahie, une sombre histoire de rivalité entre bookmakers, de délinquants des bas-fonds de New-York. Histoire d’une haine tenace et impitoyable. Cette fiction, capte vite toute l’attention de ceux qui recherche du suspense (moi y compris) et fera passer l’histoire d’Annie au second plan.

Le seul personnage attachant de l’histoire restera pour moi Jack Sullivan, ancien reporter de guerre meurtri qui noie ses mauvais souvenirs dans du « Royal Crowne ». Quant à Annie elle devient très vite agaçante à mon goût. Trop, vraiment trop de questions, d’hésitations, de retours en arrière : on ressent trop ce qu’elle ressent finalement et on peut trouver ça un peu long. J’ai eu aussi une absence d’empathie totale pour tous les personnages périphériques.

L’alternance des chapitres entre passé et présent impulse un peu de rythme au récit. Deux histoires en une qui se rejoindront fatalement à la fin. On assiste à un cheminement psychologique tortueux et laborieux pour arriver à une vérité arrachée aux forceps !

Alors, en soi, l’intrigue est simple mais la psychologie des personnages très complexe. L’auteur y ausculte le rapport à soi de façon méthodique. le fait de se découvrir soi-même, de s’ouvrir aux autres et de tenter de découvrir ce que l’on vaut finalement au fin fond de soi…. Tout un programme !

Pour ma part, je dirais, qu’il y a trop de descriptions qui font perdre le fil de l’Histoire, des histoires. J’ai préféré le « manuscrit » en lui-même, plutôt que l’histoire un peu « guimauve » vécue par Annie avec ses questionnements répétitifs… le thème de la solitude dans les grandes villes est largement abordé aussi (apparemment un thème récurrent dans les écrits de R.J. Ellory?).

Jusqu’au deux tiers du livre, je me suis quand même demandé où l’auteur voulait en venir, recherchant en vain, le côté polar du récit. Puis d’un coup tout s’est éclairé, et j’ai pratiquement tout deviné dès lors. Je suis donc un peu désappointée, car j’aime être « surprise » pour un polar!

Enfin, la structure du récit m’a semblé un peu faible, trop sommaire. Mais, en même temps s’il avait écrit une histoire, disons plus « consistante », ça aurait « tué » le fond qui donne beaucoup à réfléchir. Il s’agirait donc plutôt d’une habileté destinée à centrer le lecteur sur la réflexion. En cela bravo à l’auteur c’est très réussi!

Pour finir, je vais me répéter mais tant pis : Ma première approche de l’écrivain est pour moi plutôt « manquée » (mais je lirai un autre roman, histoire de confirmer ou d’infirmer ma première impression : « Vendetta » ou « seul le silence » que l’on dit radicalement différents ?)

Pour l’apprécier pleinement, je n’aurais pas dû commencer par celui-ci. J’aurais alors découvert avec plaisir une autre facette d’Ellory en revenant sur ce roman par la suite.

Mais, j’insiste, j’y reviens et je n’en démords pas, il s’agit d’une erreur de marketing. Peut-être comptaient-ils surfer sur la vague au lieu d’oser assumer un « genre » différent. Dommage !

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