Jean-Luc Delarue, la star qui ne s’aimait pas – Vincent Meslet

Note : 4.5 sur 5.

mots clés

journalisme   biographie   violence   quête   angoisse   compassion   enfer   romanesque   société   drogue   maladie   délire   alcool   sexe   journaliste   complots   dépendances   cancer   télévision   littérature française  

Le pitch

On connaît tous Jean-Luc Delarue, animateur surdoué des années 1990. De La Grande Famille sur Canal Plus à Ça se discute ! sur France 2, Delarue a révolutionné son métier. Son ton, sa jeunesse, son regard, sa liberté ont cassé les codes et participé à l’invention d’une nouvelle télévision, la télé compassionnelle, celle qui donne la parole aux « vrais gens » et qui sait les écouter. Réservoir Prod, sa société de production, est devenue en quelques années la première en France. Ce que l’on sait moins, c’est que, derrière son apparence un peu lisse de gendre idéal, Jean-Luc Delarue était en fait un homme rongé par le doute et empoisonné par la notoriété. Jean-Luc, l’enfant précoce qui peinait à l’école malgré une intelligence hors norme et un QI de 142, s’est vite transformé en Mister Hyde trompant son angoisse de perfectionniste dans la drogue, les médicaments et l’alcool. Aucun de ses succès pourtant flamboyants, à la matinale d’Europe 1 comme à la télévision, n’a su le rassurer. Sa soif insatiable de reconnaissance et de puissance s’est avérée destructrice pour lui-même et pour ceux qui ont partagé sa vie. C’est avec beaucoup d’empathie que Vincent Meslet nous dépeint un Jean-Luc Delarue émouvant et attachant dans ses réussites comme dans sa longue descente aux enfers, un homme incapable de s’aimer. Au travers du destin romanesque de Jean-Luc Delarue, Vincent Meslet nous raconte également l’envers du décor du monde de l’audiovisuel de ces trente dernières années. Delarue ou le roman d’une vie.

Mon avis

Alors, ce livre ci est une biographie « non officielle » de Jean-Luc DELARUE. Cet animateur-vedette le plus « couru » du PAF (Paysage Audiovisuel français) dans les années 1990-2000 tout le monde ou presque en a entendu parler à un moment ou à un autre, au moins jusqu’en 2012.

Ce jeune prodige de l’animation qui présentait l’émission « ça se discute » sur France 2 et « c’est mon choix ». Ces émissions qui donnaient la parole à Mme et M. « tout le monde » sur des sujets de société du moment et mettait en scène une télévision de compassion basée sur l’empathie et l’authenticité pour devenir par la suite vers la fin, juste un « comédien » qui jouait « l’animateur ».

Ce livre écrit par l’ex-directeur de France 2, Vincent MESLET, retrace l’émergence de ce talent, la montée en puissance par son intelligence instinctive et la réussite fulgurante de cette star du petit écran mais aussi et surtout sa descente aux enfers et sa « sortie » fracassante. Une histoire sans complaisance aucune, froide et factuelle, sans affect, qui se défend de porter un quelconque jugement et qui dévoile encore plus, si c’est encore possible, le côté « noir » du personnage. Cette description de l’envers du décor peu reluisant de l’Audiovisuel constitue pour le coup, une histoire qui « fait vraiment peur » !

On découvre comment, avant de présenter l’émission phare de France 2 « ça se discute », ce jeune homme plein d’ambition issue du milieu de la « pub » avant de commencer sa carrière d’animateur sur M6, puis présenté « la grande famille » sur Canal + pendant 3 ans et encore la matinale d’Europe 1 pendant 2 ans avant de créer sa propre société de production « Réservoir Prod » (il a toujours rêvé cependant de présenter l’émission « Nulle part ailleurs » sur Canal. Mais les directeurs de l’époque estimaient qu’il n’avait pas le vernis culturel nécessaire).

Plein d’idées avant-gardistes il s’investit toujours à fond dans ce qu’il entreprend et représente cette nouvelle génération d’animateurs, jeunes, branchés, festifs et plein de talents. Mais, dès ses premiers succès, il bascule dans les addictions diverses (alcools, drogues, achats compulsifs) qui ne traduit en fait qu’un profond « mal être » permanent qui prend racine notamment à cause de ses relations difficiles et chaotiques, voire quasi-inexistantes avec ses parents.

Perpétuellement en quête de reconnaissance, il développera en fait une puissance destructrice phénoménale pour lui et pour son entourage qui vivait dans une espèce de « terreur » permanente, dans l’expectative et la crainte de ses brusques changements d’humeur et de ses colères sans précédent, exerçant ainsi un pouvoir totalement néfaste et despotique. En miroir de l’enfer qu’il vivait lui-même au quotidien, il le transférait et l’infligeait à ses proches.

L’apothéose de cette vie débridée et dénuée de toute mesure se situe aux alentours des années 2000, lors de sa rencontre avec Hubert BOKOBZA avec lequel il ouvre deux restaurants en partenariat avec Robert de Niro. A ce moment-là il perd tout contact avec la réalité et se perd dans des délires de toute-puissance. L’alcool et la drogue sont plus que jamais présents et le rendent esclave de leurs exigences.

On voit bien que confronté au milieu violent, impitoyable et déstructurant de l’audiovisuel (tout comme le sont les microcosmes du milieu de la pub. (Décrit notamment par Beigbeder), du cinéma ou de la musique), les instincts suicidaires de Jean-Luc DELARUE sont exacerbés au maximum (réf. : anecdote du Pont de l’Alma) et que le pouvoir que confère l’argent lui « tourne la tête » et décuple sa mégalomanie.

Le livre montre bien cet univers qui d’abord vous « intègre », vous encense puis vous détruit, vous broie pour finalement vous rejeter comme un vulgaire « déchet » après vous avoir cloué au pilori.

Ainsi, pendant qu’il multiplie les cures de désintoxication à la clinique de Merano dans la plus grande discrétion, les « téléspectateurs » ne perçoivent que le côté propre et lisse du personnage, son côté « gendre idéal ». Mais l’affaire se corse lorsqu’arrêté en 2010 pour trafic de stupéfiants et tous ses problèmes d’addictions ainsi étalés au grand jour et sur tous les tabloïds existants, il décide (ou est « fortement » poussé) à faire « amende honorable » et s’excuse publiquement avant d’entamer une tournée de prévention contre les addictions dans les collèges et les lycées de France.

Puis très vite c’est la découverte de son cancer suivie d’une conférence de presse laconique mais que j’ai trouvé d’une violence inouïe et d’une cruauté indicible envers lui et qui a sonné le glas de sa carrière et de sa vie. Ce « suicide médiatique  » affreusement » laborieux mais « admirable » à mon sens, atténue finalement ses frasques démesurées car on découvrait, au-delà de la noirceur et le côté M. Hyde du personnage, un être humain incapable de gérer et de maitriser sa vie ; juste un être humain victime de son succès, un Homme quoi !

Mais enfin, a-t-on demandé à Elvis, Marylin, Janis Joplin, Françoise Sagan, Johnny Halliday, David Bowie, Elton John, Iggy Pop et bien d’autres, tous accro à la Coke de venir « s’excuser » publiquement, face caméra devant un parterre de journalistes toujours très friands d’histoires à scandale ? Même si c’était de notoriété publique et qu’ils ou elles l’ont parfois évoqué en « off », personne n’a jamais terni leur réputation à ce point et d’en faire des « parias ». Cela a au contraire servi à renforcer leurs « Mythes » et contribué à leur renommée sans les mettre au banc de la « société » pour autant.

Mais, peut-être n’est-ce qu’une simple erreur d’interprétation de ma part et qu’il ne s’agisse, comme le laisse entendre un autre livre sur lui, de « son choix » qu’il aurait lui-même orchestré pour mettre en scène son « dernier sommeil » en réglant deux ou trois comptes personnels au passage ?

Enfin pour conclure, j’estime que, rien que pour le fait qu’il ait relevé le défi immense et tellement courageux de combattre la maladie et en plus de l’avouer publiquement ; pour ça, il mérite notre respect à tous et ce malgré tous les défauts et les excès commis. Et cela, l’auteur n’en fait même pas mention (comme à peu près tout ce qui a pu être écrit sur lui), ce qui à mon sens, en fait un livre « à charge » qui laisse transparaitre malgré tout une certaine forme de jugement.

J’ai néanmoins bien aimé la mise en lumière de la face « sombre » et « cachée » de Jean-Luc DELARUE sans donner dans le sensationnel avec une espèce de détachement qui doit être propre à ceux qui l’on côtoyé certes mais avec la distance obligatoire et nécessaire qu’imposait le personnage pour ne pas se retrouver pris dans la spirale d’affect et de souffrances qui en découlaient ! Vincent MESLET doit faire parti de ceux-là.

Et, puis il y avait fatalement, les « pique-assiettes » ; ceux-là n’ont eu que son courroux, sa désespérance et ses « côtés » excessifs pour héritage ! ce qu’ils méritaient en fait ! ….

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